Un docteur qui n’entend pas ne peut pas guérir…

L’expression des problèmes peut prendre différentes formes. 

Exemples lundi après-midi avec Alfred de Musset, George Sand et l’expérience des ateliers créatifs.

 

 

Jean-Marc Lernould
Sud Ouest.fr

 

 

Les comédiens Charles Benoit et Héloïse Lacroix, à gauche, en compagnie des psychiatres, dont le docteur Jean Broustra, créateur des ateliers à médiation.

 

 

 

Bien qu’à peine âgée d’un an, l’antenne tonneinquaise de l’hôpital psychiatrique de la Candélie, dont la principale mission est de soigner en évitant l’hospitalisation et ainsi, la rupture sociale, a pris sa part lundi dans l’organisation de la Semaine de la santé mentale, en réalisant un heureux mélange des genres au centre culturel.
Un après-midi commencé par une lecture de la correspondance (d’une partie du moins, tant celle-ci fut abondante…) entre Alfred de Musset et George Sand, fous… amoureux. Des lettres lues par les comédiens parisiens Charles Benoit et Héloïse Lacroix, de la Compagnie des élèves du théâtre du Palèti, qui ont ensuite joué la pièce de Musset « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée », sorte de théâtralisation de sa vie privée amoureuse, écrite par l’auteur quinze ans après la correspondance.

 

« On remarque qu’ils s’écrivaient, mais qu’ils n’échangeaient pas véritablement entre eux, et il en ressort une immense solitude des deux

amants », commentait à l’issue du spectacle le docteur Jean Broustra, qui prenait le relais par une conférence où la psychiatrie et la créativité artistique font bon ménage.


Libournais, ce médecin psychiatre a contribué à la fondation de l’Irae (« colère » en latin) à Bordeaux, dans les années 1970, puis aux Ateliers de l’art cru jusqu’en 2000, « qui ont formé des centaines de psychiatres, de médecins, d’infirmières et d’artistes aux ateliers thérapeutiques d’expression » (également appelés ateliers à médiation). Un concept détaillé dans l’un de ses ouvrages, « Abécédaire de l’expression » (Éditions Eres) qui, s’il n’a pas perduré à Bordeaux, a essaimé dans la France entière, notamment à Tonneins et au sein des hôpitaux de jour.
« Il ne s’agit pas d’art, mais d’utiliser d’autres langages que la parole et de laisser les personnes s’exprimer librement, par la peinture, le collage, la musique, le théâtre. Cela permet d’avoir une meilleure connaissance de soi-même et davantage de confiance en soi, et de recréer aussi du lien social, de faire le pont avec de véritables activités créatives », explique Jean Broustra. « Leur but n’est pas pédagogique, d’apprendre l’art, mais grâce à eux on a pu faire entrer des artistes dans les asiles… » « On m’a demandé : ‘‘Vous n’allez quand même pas soigner les schizophrènes avec des collages’’. Pas que, mais avec. C’est un moyen de s’exprimer, de se faire entendre, et un médecin qui n’entend pas cette parole ne peut pas guérir. Ces ateliers à médiation ne tombent pas du ciel mais ils tiennent le coup face à la ‘‘modernité’’, le tout médicament. Ils ont formé et continuent de former des centaines de personnes au contact des troubles psychiatriques ». Il ressort de ces ateliers l’expression de sentiments que la parole n’arrive parfois pas à formuler.


Si la plupart des personnes présentes lundi après-midi étaient des professionnels de la santé (théâtre et conférence étaient ouverts au public), ils étaient néanmoins nombreux pour cette première, pour une autre façon d’écouter les maux.

Jean-Marc Lernould
Sud Ouest.fr

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